Portrait d’un nuage. Vue de la boîte

     


Portrait d’un Nuage, 2016-2018





« En 2017, je suis reparti à La Bourboule où j’ai enregistré les voix des enfants évoluant dans le même nuage que celui de mon enfance.
L’avion me permettait dans mes rêves éveillés de le rejoindre, de le pénétrer et de survoler des paysages inexplorés.
La fermeture et la réouverture de la boîte permettent aux sons de s’échapper et soulignent la vie intérieure de celle-ci.
Elle nous fait ressentir tous ce qu’elle contient. »


      
                                                                    Reproduction, jouet locomotive S2/6 ruban bleu, 2018






La réalisation de ce portrait est le résultat d’une association de souvenirs.
Une photographie d’enfance, prise au Parc Fenestre, dans la ville thermale de La Bourboule,
où je tiens dans mes mains un petit avion fait en peuplier et de gazes recouverts de produits cellulosiques. 
Mon ami, lui, tient un bateau JEP ruban bleu numéro 1.


Reproduction, jouet bateau “JEP ruban bleu numéro 1” appartenant à Jean, 2018


À La Bourboule, tôt le matin nous recevions des soins divers
et variés : des bains, douches, humages, palette
et tamis, toutes sortes
de pulvérisations. Ces soins se terminaient par un voyage dans le grand nuage. Nous pénétrions dans une salle par un sas après avoir croisé moult chaises à porteurs blanches. Je croyais avoir aperçu des créatures étranges à travers
le verre d’un petit œil de boeuf,
que possédaient ces chaises à porteurs, traversé
par un linteau en croisillon.











Jean enfant à La Bourboule, 1952              

Le ruban bleu était décerné aux engins les plus rapides, aussi bien aux transatlantiques qu’aux locomotives, comme par exemple le paquebot Normandie, record entre Le Havre et New York,
mais aussi la locomotive S2/6
des chemins de fer royaux Bavarois, qui garda son ruban bleu pendant 29 ans, avec son record de 154km/h de moyenne.













La Bourboule, Portrait d’un Nuage, 2017                                                  







L’image était encore présente au moment où, ayant traversé le sas, je rentrais dans le grand nuage. C’était doux, grand, moelleux.
Je ne voyais plus mes pieds ni mes mains, je flottais, j’étais sûr de m’être envolé.

Petit à petit je commençais à entrevoir des formes floues qui glissaient dans l’espace ; puis disparaissaient avant de réapparaitre. Je percevais des sons faibles, en y prêtant fort attentivement l’oreille, les sons devenaient des voix, puis un chant. Les voix des enfants remplissaient le nuage de leurs réflexions, de leur joie, et aussi de leur mélancolie.







Nuages de l’Himalaya, 1996







Cocarde “l’âme du voyage”.
Détail des ailes de la reproduction de l’avion, 2018





Reproduction, l’avion d’enfance de Jean que l’on trouve dans la boîte, 2018


Un petit chant s’approcha de moi puis s’éteint...


J’ai voulu que ce portrait soit protégé à l’intérieur d’une boîte recouverte de Formica, qui lui donne un air des années 1950.


La boîte contient une reproduction exacte de mon avion de 1952, ainsi que des tirages représentants des nuages (pas une magnifique photographie de nuage, mais seulement des photographies de matière brute de nuage pouvant se rapprocher de celle du nuage fabriqué dans l’établissement thermal de mon enfance) prélevés dans les parcelles de nuages photographiés sur les flancs de l’Annapurna.



Les ailes de la reproduction de l’avion, 2018






Maquette de la sculpture de l’œuvre Portrait d’un Nuage, dans le hall de la Fondation Louis Vuitton à Paris, 2019





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